Où en sommes-nous avec la campagne de désobéissance civile ?

Dans une vidéo de 5min52 secondes, Sindika Dokolo a lancé le 6 novembre son mot d’ordre après la publication du calendrier électoral par la CENI. « Nous n’aurons plus Kabila comme président de la République à partir du 31 décembre 2017. Nous ne lui reconnaissons plus...

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Dans une vidéo de 5min52 secondes, Sindika Dokolo a lancé le 6 novembre son mot d’ordre après la publication du calendrier électoral par la CENI.

« Nous n’aurons plus Kabila comme président de la République à partir du 31 décembre 2017. Nous ne lui reconnaissons plus cet honneur dont il s’est montré indigne. Il a humilié notre pays, il a affaibli notre république et détruit notre démocratie. Nous refusons de lui obéir et nous appelons tous les congolais à ne plus reconnaître son autorité », dit-il en français et en Lingala.

Initiée depuis le 2 novembre 2017 par le Rassemblement, cette campagne a pour objectif de faire partir le Chef de l’Etat du pouvoir avant la date butoir du  31 décembre 2017.

Contacté par JDC, Remy  Mukweso, militant de la Lucha explique:

» Nous nous attachons à cette campagne simplement parce que le chef de l’Etat refuse de quitter le pouvoir au-delà de son mandat constitution qui a déjà expiré. A cela, il faut ajouter le comportement de la CENI qui ne veut pas organiser les élections dans le délai. Autre préoccupation qui nous pousse à agir ainsi, c’est le fait qu’il n’y a pas de ligne claire ni la volonté de financer les élections par le gouvernement Tshibala.  C’est tout ça qui fait que la constitution continue à être violée ».

La population est appelée au même moment  à ne pas payer d’impôts, les factures de la SNEL, de la Regideso et autres.  Ce mouvement citoyen appelle les autres groupes de pression et partis politiques de l’opposition à adhérer massivement à cette initiative pour qu’à partir de ce 28 novembre 2017, les actions puissent se produire sur terrain.

Selon le président de l’ECIDE Martin Fayulu, qui coordonne cette campagne du côté du Rassemblement, ces manifestations commencent par une marche pacifique programmée pour ce jeudi 30 novembre 2017.

C’est quoi la désobéissance civile?

C’est quoi la désobéissance civile ? Quels sont les enjeux, les conséquences, l’impact à ce stade ?

Pour Georges Kapiamba, Président de l’Association congolaise pour l’accès à la Justice (ACAJ), c’est avant tout l’attitude des citoyens qui refusent de se soumettre à une autorité établie ou d’exécuter  ses ordres, à l’instant où ils veulent plus  reconnaître son autorité.  Il soutient que la désobéissance civile est reconnue par la loi fondamentale.

« Nous devons savoir que la désobéissance civile dans notre pays a comme fondement principal l’article 64 de la constitution. Cet article stipule que tout citoyen a l’obligation de faire échec à tout individu ou un groupe d’individu  qui prend le pouvoir par la force ou qui a pris le pouvoir de manière démocratique et l’exerce en violation de la constitution. Ces actions visant à faire échec  relèvent en réalité de la désobéissance civile  », explique Georges Kapiamba.

Le président de ACAJ  estime en outre  que les actions de désobéissance civile constituent les moyens de pression qui sont à la portée des citoyens pour contraindre leurs dirigeants, soit à abandonner les ordres politiques qui sont jugés comme anti-démocratique  ou qui ne profite pas au bien commun. D’après lui ces actions ne peuvent en aucun cas s’éterniser :

« Je crois que c’est toujours des actions à encourager  mais pour une courte durée parce que si elles s’étendent sur une longue durée, elles peuvent paralyser le fonctionnement de l’appareil de  l’Etat. Et pour ça, il faudrait que les dirigeants politiques agissent rapidement quand les citoyens se mobilisent dans la désobéissance civile. Il faudrait que les autorités cherchent à savoir pourquoi les gens s’engagent dans cette action. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas fait qui pouvait satisfaire les citoyens et qu’ils prennent rapidement des solutions  pouvant satisfaire les attentes de la population » a-t-il souligné.

Ce qu’en pense la Majorité présidentielle

De son côté Benoît Yolama, cadre de la Majorité Présidentielle, estime que cette campagne de désobéissance civile n’a aucun fondement politique, morale et philosophique. Pour lui, le peuple a plutôt besoin d’aller aux élections dans la paix et la CENI qui a la compétence d’organiser ces scrutins a déjà rendu public un calendrier que l’on ne peut plus contester.

« Il y a des membres de l’opposition, de la majorité et de la société civile qui forme un corps qu’on appelle Commission Électorale Nationale Indépendante, CENI. Ce qui signifie que l’organisation des élections n’est pas l’affaire seule de la MP ou du PPRD. Contester ce calendrier c’est violer la loi N° 055 portant création et fonctionnement de la CENI« , explique ce cadre de la MP.

Pour Benoît Yolama, si l’opposition lance la campagne pour la désobéissance civique pour contester le calendrier électoral, la majorité va aussi faire une marche pour soutenir le processus en cours.

Ce qu’en pense le gouvernement

Le Ministre de la communication et des médias, Lambert Mende, juge irresponsables les appels à la désobéissance civile lancés par certains partis politiques de l’opposition, mouvements citoyens et certaines organisations de la société. Pour Lambert Mende, ces déclarations sont contradictoires puisque c’est le gouvernement qui finance les élections.

« Il ne faut pas empêcher les gens à payer à l’État ce qu’ils lui doivent. C’est contradictoire d’appeler le peuple à la désobéissance civile puis nous demander en même temps de financer les élections » a déclaré ce mercredi 08 octobre, le porte-parole du gouvernement lors d’une conférence de presse.

Jean-Hilaire Shotsha et Julien Mao Mampo (JDC)

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