Sindika Dokolo écrit à Antonio Gueterres SG des Nations Unies

A Monsieur Antonio Gueterres Secrétaire Général des Nations Unies UN Headquarters First Avenue at 46th Street New York, NY 10017 USA   Londres, le 08 avril 2018     Concerne : conférence internationale de Genève du 13 avril 2018 pour le financement de l’action humanitaire...

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A Monsieur Antonio Gueterres

Secrétaire Général des Nations Unies

UN Headquarters First Avenue at

46th Street New York, NY 10017 USA

 

Londres, le 08 avril 2018

 

 

Concerne : conférence internationale de Genève du 13 avril 2018 pour le financement de l’action humanitaire en République Démocratique du Congo

 

Monsieur le Secrétaire Général,

 

Vendredi 13 avril prochain à Genève, à la faveur de la conférence internationale des donateurs pour le financement de l’action humanitaire, le regard du monde se tournera vers la République Démocratique du Congo et la destinée tragique de sa population. Nul n’ignore que plus de 7 millions de Congolais sont dans le besoin. Leur apporter secours et assistance est un devoir sacré pour tous ceux qui en ont les moyens mais aussi un acte moral qu’il convient de saluer et d’encourager.

 

Les Congolais Debout prônent la dignité des Congolais à travers le respect de nos libertés civiles et politiques, et notamment, notre droit sacré à de vraies élections libres, transparentes, inclusives, dans les délais prévus par la Constitution. Notre mouvement compte déjà plus d’un million de membres dûment enregistrés en République Démocratique du Congo et dans la diaspora. J’en suis l’initiateur et c’est à ce titre et fort du nombre de nos adhérents que je m’exprime.

 

Si aujourd’hui, je tiens à vous saisir, c’est que je sais tout l’intérêt que vous attachez à notre pays pour l’avoir visité et y avoir côtoyé lors de vos missions toute la détresse de nos compatriotes. Rien de la réalité qu’ils vivent aujourd’hui au quotidien ne vous échappe.

 

A titre personnel, j’ai moi-même vu de mes yeux la souffrance de milliers de Congolais contraints de fuir le Kasaï pour trouver refuge en Angola. J’ai entendu les pleurs des enfants perdus à la recherche de leurs parents. J’ai touché les plaies d’hommes et de femmes blessés dans leur chair. Et plus encore dans leur âme. Comme ils ne peuvent s’adresser à vous car ils n’en ont ni la force ni les moyens, je m’en fais le devoir.

 

La mission que je me suis assignée en leur nom est d’autant plus sacrée, qu’elle se heurte à une poignée d’hommes qui prétendent diriger la République Démocratique du Congo en s’opposant ouvertement

à la tenue de la conférence humanitaire de Genève au mépris de la décence,de l’intérêt général et de la vérité.

 

La vérité qu’aucune de leurs protestations ne supprimera, c’est qu’à l’heure actuelle plusieurs millions de Congolais manquent de tout et que le Congo est terriblement meurtri. La vérité qu’aucune prise à partie ne supprimera, c’est qu’à l’heure actuelle près de 400.000 enfants souffrent de malnutrition sévère et meurent chaque jour.

 

La vérité qu’aucun boycott des dirigeants congolais ne supprimera, c’est que le peuple congolais est épuisé par plus de vingt années d’incurie et de mauvaise gouvernance. Rien ne pourra endiguer la spirale de la violence et la problématique du déplacement des populations aussi longtemps qu’une poignée de dirigeants congolais s’entêtent à glorifier leur vision autarcique et prédatrice de la souveraineté, à glorifier leur souveraineté au mépris de la vie de tout un peuple.

 

Le Gouvernement congolais a choisi de boycotter les assises visant à mobiliser les ressources pour le financement du plan d’action humanitaire. Sa décision relève d’une politique absurde, coupable et cruelle qui conduit à la mort de millions de Congolais.

 

Comme si cela ne suffisait pas, les responsables congolais s’emploient ouvertement à décourager les partenaires à financer le plan d’action humanitaire. Cette attitude indigne la conscience universelle. Elle caractérise l’abandon délibéré d’un peuple en danger.

 

Le gouvernement de la RDC est devenu un contre-sens, un contre-Etat. Au lieu de porter secours aux plus vulnérables de nos concitoyens, il a fait le choix de les sacrifier. Ce faisant, il a définitivement perdu la lumière de l’estime publique.

 

Pour preuve, l’enquête d’opinions réalisée en février 2018 par le Groupe d’Etudes sur le Congo/Fondation Berci atteste que 80% des Congolais ont une mauvaise opinion de Joseph Kabila qui a atteint « son plus haut niveau de désapprobation depuis son arrivée au pouvoir en 2001 ».

 

Insensible aux souffrances des Congolais, le pouvoir de Kinshasa risque de créer une haine profonde dans le cœur de millions d’hommes, de femmes et d’enfants qu’il sacrifie délibérément sur l’autel de calculs politiques obscurs. Prenons garde qu’au mépris des efforts déployés par tous – y compris la Communauté Internationale – pour maintenir la stabilité du Congo, une poignée de dirigeants congolais illégitimes n’entraînent à nouveau le pays dans un nouveau cycle de violences.

 

Monsieur le Secrétaire Général, votre double mission qui consiste à garantir la paix au Congo et à améliorer la vie des Congolais est aussi la nôtre.

Si l’irresponsabilité a gagné les tenants du pouvoir, si pour nombre de dirigeants congolais la pensée est garrotée, la parole est muselée et la conscience agenouillée, je tiens à vous confirmer qu’au sein de la Société Civile et des Mouvements Citoyens, il n’en est rien. Notre parole est libre, notre conscience est libre et nous voulons garder l’âme haute.

 

Au nom du million de “Congolais Debout” que je représente, mais aussi à celui des millions de mes concitoyens livrés à eux-mêmes et menacés de mort par la faim, par des maladies curables, par l’insécurité qu’un des pires pouvoirs du continent africain continue d’entretenir délibérément pour se maintenir, je tiens à vous transmettre notre soutien sans réserve à la conférence de Genève. Avec à l’esprit l’avenir et l’intérêt de notre pays, je veux vous faire part de notre position suivante :

 

– Primo, nous dénonçons l’attitude de non assistance à peuple en danger manifestée par les autorités congolaises qui font le choix d’ignorer la détresse du peuple congolais au nom duquel ils prétendent agir alors qu’ils en ont perdu toute qualité ;

 

– Secundo, nous invitons les Nations Unies et la Communauté Internationale à constater qu’au lieu de faire à la sécurité du peuple congolais tous les sacrifices nécessaires, les autorités congolaises attisent les conflits intercommunautaires, apportent leur soutien à des chefs de guerre et appuient la résurgence des groupes armés. Le régime de Kinshasa organise les conditions de la spirale de la violence aux fins de ne pas permettre au peuple congolais de choisir ses dirigeants à la faveur d’élections libres, démocratiques et apaisées ;

– Tertio, nous encourageons l’action de toutes les organisations humanitaires qui oeuvrent sur terrain dans des conditions rendues difficiles par les pouvoirs publics congolais. Nous sommes conscients

 

que le Congo constitue malheureusement le 4ème pays au monde pour le nombre d’incidents sécuritaires relevés sur les agents humanitaires. Nous rendons hommage à leur action.

 

– Quarto, nous nous associons sans réserve au plaidoyer de mobilisation des ressources en vue du financement du plan d’action humanitaire visant à répondre à l’horizon de 2019 aux besoins de près de 8 millions de Congolais. Dans l’intérêt des populations ciblées, nous soutenons le plan d’intervention humanitaire pluri-annuel et multisectoriel visant à rendre l’aide plus efficace et mieux coordonnée.

 

– Quinto, en l’absence d’un gouvernement légitime et responsable, nous réaffirmons notre disponibilité pour un partenariat entre la Société Civile congolaise et la communauté des partenaires au développement.

 

Nous sommes résolus à ne rien abandonner de notre devoir et sommes déterminés à rompre avec la chaîne des fatalités que les autorités congolaises imposent au peuple congolais. Rien à nos yeux, si ce n’est sa volonté de se maintenir envers et contre tout au pouvoir, n’explique qu’un régime abandonne tout un peuple. Par son attitude, le pouvoir de Kinshasa fait encourir au Congo un risque majeur car, à travers tout le pays, l’explosion couve en raison de l’oppression.

 

Et nous devons l’éviter. En contribuant à sauver la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés et trahis par leurs dirigeants, nous voulons aussi sauver l’honneur de notre pays.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Secrétaire Général, en l’expression de mes sentiments de très haute considération,

 

Sindika Dokolo

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