Sindika Dokolo : “ Je ne m’imagine pas rester les bras croisés pendant que mon pays bascule dans le chaos”

Fin de matinée du vendredi 18 août à Paris, il pleuvote. Sous la grisaille parisienne, au siège de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), une dizaine d’associations et mouvements de la société civile congolaise vibre au rythme de “ Esili” ( C’est fini!,...

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Fin de matinée du vendredi 18 août à Paris, il pleuvote. Sous la grisaille parisienne, au siège de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), une dizaine d’associations et mouvements de la société civile congolaise vibre au rythme de “ Esili” ( C’est fini!, Ndlr.). L’atmosphère chaleureuse règne dans une salle où la société civile a donné rendez-vous à la presse à 11 heures pour clôturer les travaux amorcés le 15 août dernier en région parisienne. Les participants se sont tous mis d’accord pour signer le « Manifeste du citoyen congolais » qui réclame avant tout le départ du président Joseph Kabila. Parmi les signataires, Sindika Dokolo.

Il glisse discrètement dans la salle où une cinquantaine de personnes sont présentes.

Plus connu dans la communauté africaine comme un homme d’affaires, collectionneur d’arts, le gendre du président angolais, Dos Santos s’est depuis peu engagé à une vitesse 2.0 dans la lutte pour l’alternance politique en RDC, pays dont il tient les racines de son père.

Vieil ami d’Olivier Kamitatu, dans les premières heures d’engagement de Sindika Dokolo, une proximité se crée rapidement avec l’opposant Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle. Mais tous ses proches ne voient pas d’un bon oeil ce rapprochement avec l’ancien bras droit de Joseph Kabila.

45 ans, l’époux de la  femme la plus riche du continent africain selon le magazine Forbes va surprendre quand il décide de lancer en juillet, un mouvement citoyen: “Les congolais Debout!”. Objectif : obtenir le départ de Joseph Kabila. Selon l’homme d’affaires engagé, “ le président congolais exerce le pouvoir en RDC en violation de la constitution du pays.”  Entretien.

Pourquoi vous êtes ici ?

Parce que je ne m’imagine pas rester les bras croisés pendant que mon pays est entrain de basculer dans le chaos. Ce qui me pousse encore plus à m’engager aujourd’hui, c’est que moi, je ne peux pas m’imaginer, membre de la diaspora congolaise qui peut faire quelque chose pour aider le pays, éveiller les consciences, mettre en action mes concitoyens et ne pas le faire.

Quelle lecture faites-vous de l’initiative des membres de la société civile ?

Il s’agit d’abord d’une réponse à un appel. L’appel de l’église catholique. Deuxièmement, il s’agit d’une réunion autour de laquelle on a pu analyser profondément les questions à travers la présentation des spécialistes, notamment sur le processus électoral qui nous a permis d’établir qu’il y avait une volonté délibérée de saboter le processus électoral chez nous. Sur le cadre des négociations de la Saint-Sylvestre, nous nous sommes rendus compte qu’il y a une volonté manifeste de dépasser le délai qui avait été prévu de 12 mois pour organiser les élections, et nous avons eu la démonstration qu’il y a une instrumentalisation de nos institutions, pas seulement des services de sécurité et la répression, mais aussi l’Institution comme la cour constitutionnelle.

Les institutions du pays sont instrumentalisées?

La Cour constitutionnelle, par exemple, a pu  créer un cadre pour que M. Kabila se fabrique une forme de légitimité artificielle au delà de son mandat constitutionnel. Par rapport à tout ça,  nous sommes arrivés à la conclusion logique et scientifique que nous sommes bien dans le cas prévu par la constitution dans l’article 64 alinéa 1, et que donc Monsieur Kabila exerce le pouvoir en RDC en violation de la constitution du pays. C’était très important que nous l’établissions, nous le  proclamions, nous le démontrlons et c’est ça qui a été fait. La conclusion de cette démonstration, c’est justement ce manifeste. C’est un appel qui est fait à la conscience de tous les congolais.

A qui cet appel est-il directement destiné ?

Le manifeste n’est pas qu’une occasion de produire un document intellectuel et le partager entre nous, mais il est destiné à  tous les citoyens congolais également membres de la société civile, simple citoyen, membres des confessions religieuses et même les politiques, voire ceux de la Majorité présidentielle.Nous voulons que tous les congolais prennent conscience de ce qui se passe au pays.

Vous avez tous signé un manifeste, concrètement, c’est quoi son rôle ?  

Chaque congolais va devoir désormais se déterminer par rapport à cette proclamation, cette affirmation et agir en conséquence par rapport à l’obligation qui nous est faite dans la constitution de faire échec. On se rend compte qu’il y a une fenêtre d’opportunité jusqu’à la fin de l’année qu’on a donné pour essayer de tester la bonne foi de Joseph Kabila, qui nous a confirmé qu’il n’avait aucune foi, qu’il y a un sabotage délibéré avec une intention de se maintenir au pouvoir accompagné d’une politique de la terre brûlée là où l’Etat est fragilisé. On instrumentalise les massacres et instabilité de la population et ça pour nous, c’est constitutif d’un crime de haute trahison.

Vous avez récemment créée un mouvement citoyen, Pourquoi vous n’aviez pas carrément rejoint les autres mouvement qui existent ?

Pour deux raisons: ce sont des mouvements de jeunesse. Même si j’ai l’air jeune, je suis suffisamment âgé pour ne pas faire partie de cette catégorie à qui s’adresse les mouvements d’activisme. Ce qui est important, c’est d’offrir aux congolais la possibilité de faire quelque chose pour le pays sans forcément que ça inclut le sacrifice suprême.

Comment comptez-vous matérialiser ce manifeste sur le terrain ?

Je crois que ce qui manque aujourd’hui aux congolais, c’est une compréhension de la nature profonde et juridique de la situation que nous vivons et un moyen d’y faire quelque chose sans forcément exposer sa vie jusqu’à l’ultime sacrifice. Et ça aujourd’hui, ce que nous voulons arriver à utiliser ce manifeste, à l’expliquer et le vulgariser à un plus grand nombre, aux étudiants qui souvent sont plus conscients et politisés que le reste de la population, mais également à tous les niveaux de la population, les gens qui n’ont pas internet dans les zones périurbaines ou rurales décentralisées. Pour nous ce qui est important, c’est que tous les congolais prennent conscience de la situation que traverse notre pays à l’heure actuelle et ce qui convient de faire afin de retourner à l’ordre constitutionnel et à la stabilité, au progrès auquel nous aspirons tous. Parce que fondamentalement, la lutte citoyenne vise toujours un objectif: répondre à la soif de dignité de chaque individu.

Ange Kasongo Adihe

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